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Publié par Sébastien Morgan

Il n’avait presque pas ralenti en passant la porte. Les gardes avaient failli lui décocher flèches et javelots avant que l’un d’eux ne s’écrie.

- C’est Lailoken qui revient !

Sa longue chevelure immaculée et mouvante flottait au vent alors que sa monture s’élançait vers les hauteurs de la ville.

Le temple est juste côté du palais !          

Il sauta à terre et s’élança. Il faillit s’arrêter net : un cri strident venait de déchirer le soir.

- Rhéa Silvia !

Les gardes du palais sortirent, on entendit des cris et des ordres fuser. Puis à nouveau un hurlement horrible, aigu. Le hurlement d’une jeune fille désespérée. Des gardes se trouvaient devant la porte du temple, là où brûlait perpétuellement un feu sur l’autel de Vesta.

- Place ! cria Lailoken, alors que les gardes étaient massés devant la porte.

- La porte est fermée.

Lailoken agrippa la poignée, banda ses muscles et tira de toutes ses forces. La porte ne bougea pas.

Il écarta les gardes, prit son élan et tenta de la défoncer. Mais elle ne bougea pas plus, comme si un bouclier invisible la protégeait.

- Non pitié !

Les cris de Rhéa Silvia, à l’intérieur du temple, fendit le cœur de l’ensemble des gardes.

- Apportez un bélier ! Vite !

A l’intérieur des bruits de lutte laissaient présager le pire pour la jeune fille.

La rage consumait Lailoken qui frappait sur la porte avec une force qui aurait réduit en miettes une palissade de fortin.

Saleté de sorcellerie ! De la sorcellerie ? Mais oui, bien sûr !

Puis soudain, il sut ce qu’il devait faire. Il laissa les soldats essayer de défoncer la porte et courut jusqu’au palais. Il y entra en trombe et avisa une servante terrorisée.

- Où est la chambre du sorcier ?

Sans rien répondre, elle lui indiqua un couloir.

Lailoken dégaina sa lourde épée celte et fit irruption dans la chambre d’Hannon.

Le vieux sorcier se trouvait au centre de la pièce. Totalement nu au milieu des bougies, dans une position des plus abjectes qui mimait sans équivoque les outrages que son ombre était en train de faire subir à la jeune fille.

Surmontant un haut le cœur, Lailoken plongea vers lui, l’arme haute mais il fut violemment rejeté en arrière, comme s’il venait de se heurter à une barrière invisible.

Le sorcier tourna vers lui un visage aux yeux révulsés, déformé par un rictus moqueur.

- Tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, mercenaire. Tu vas mourir.

Soudain un courant d’air froid entoura Lailoken et, avec horreur, il vit une silhouette spectrale se matérialiser devant lui. A bien des égards, le double ressemblait au vieil Hannon, même corpulence, même allure, même traits de visage. Pourtant, il s’agissait d’une version plus sauvage du vieux sorcier. Alors qu’il se densifiait de plus en plus, Lailoken pouvait voir avec horreur la musculature imposante et les bras puissants qui se terminaient en griffes acérées. Lailoken abattit son épée sur la silhouette monstrueuse mais la lame passa au travers comme si elle avait traversé un courant d’air.

- Tu ne peux rien contre moi mercenaire ! En revanche…

Le double abattit l’une de ses pattes en direction du guerrier qui para instinctivement. Le coup passa au travers de l’acier celte mais la griffe se densifia juste après l’avoir traversé, de sorte qu’elle frappa Lailoken en pleine poitrine, déchirant le cuir de son armure, ouvrant les chairs jusqu’au sang.

Il peut se dématérialiser ou se matérialiser à volonté !

Le double d’Hannon lança une nouvelle attaque avec une rapidité surprenante ! Lailoken tenta d’anticiper l’instant où les griffes mortelles allaient se rematérialiser pour parer le coup voire essayer de contre-attaquer.

Il ne réussit ni l’un, ni l’autre. Les griffes parvinrent, une fois de plus à percer ses défenses et une longue entaille laboura sa joue.

Il est trop rapide, il peut se matérialiser et se dématérialiser en moins d’un battement de cœur. C’est impossible de se calquer sur son rythme.

Les minutes qui suivirent furent parmi les plus longues de sa vie. L’ombre bougeait extrêmement rapidement et les coups pleuvaient sans qu’il puisse les arrêter.

Finalement, il tomba sur le sol froid.

Tiens, Amulius a mis du marbre au sol de son palais.

Cette pensée triviale le fit sourire alors que le spectre revenait à l’attaque.

La silhouette le surplomba alors qu’il était couché. Elle plongea ses griffes dans ses épaules, le clouant au sol. Il se débattait et ses muscles étaient cisaillés par les griffes tranchantes, il arqua pour tenter de chasser son agresseur mais n’y parvint pas. Déjà, il sentait que sa vie fuyait par mille blessures mais pourtant, il refusait de s’avouer vaincu. A ce moment, sa conscience remarqua quelque chose d’importance.

Je suis tombé près des bougies…  et leur flamme vacille.

L’air qu’ils remuaient en se battant faisait frémir la flamme de la bougie qui se trouvait le plus près de lui.

L’air passe !

Dans un geste désespéré, il accomplit une torsion du corps, parvint à déséquilibrer le monstre qui le chevauchait et à se retourner. D’une expiration puissante, il éteignit la flamme de la bougie et ce fut comme si l’air de la pièce tout entière vacilla.

Le bouclier est tombé !

Le sorcier surpris hésita le temps d’un battement de cœur. Il n’en fallut pas plus à Lailoken pour repousser le double et reprendre son épée. Le double monstrueux attaqua à nouveau alors que Lailoken plongeait d’une détente puissante vers le sorcier toujours en transe. Les griffes s’abattirent dans son dos et le sang gicla mais le coup le projeta sur son adversaire, l’épée en avant. La lame s’enfonça d’un pied dans la poitrine du vieillard. Le double spectral disparu immédiatement et l’espace de quelques instants le regard de Hannon redevint normal, marqué par la surprise. Ensuite il se voila et le sorcier mourut. (à suivre...)

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