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Publié par Sébastien Morgan

Les alternatives défilaient dans son esprit.

Quelle est la situation ? Rhéa Silvia va être condamnée à mort. Sa grossesse et son accouchement ont été attesté par les sages femmes de la capitale. En faisant venir des guérisseuses extérieures au palais, Amulius compte sur les commérages pour que l’on sache la honte de sa nièce. Mais en limitant le nombre de femmes ayant eu accès à la vestale, comme s’il ne voulait pas que cela se sache, Amulius se donne l’air d’un oncle protecteur, il s’attire du coup la sympathie du peuple. Nous faire sortir ostensiblement de la capitale avec les enfants induit que nous les confions à leur grand père car la population me connait et sait que j’ai longtemps servi leur roi avant qu’il n’abdique. Amulius fera d’ailleurs courir la rumeur que j’ai rejoint le roi en exil. Là aussi, il gagne en popularité car les gens se diront qu’un tel grand roi ne craignant pas les héritiers de Numitor est donc pleinement légitime. Habile…Terriblement habile.

- Heureusement que les moufflets dorment, railla l’un des hommes.

- Sinon, on leur aurait déjà tranché la gorge.

- Où veux-tu faire ça ?

La voix des tueurs d’Amulius l’agressa. Un instant, il envisagea de se débarrasser des trois hommes, de mettre les jumeaux à l’abri et de voler à la rescousse de Rhéa Silvia.

- Un peu plus loin, je connais un endroit le long du Tibre, où l’on aura toute la discrétion voulue.

Se donner le temps de réfléchir, trouver un plan, une conduite.

Je ne peux sauver Rhéa Silvia et les enfants que si je tue Amulius. En effet, les faire fuir les condamnera à être pourchassés à jamais. Et Amulius a les moyens et les connections pour les retrouver au bout du monde. Ce n’est sans doute pas la bonne solution. Il en reste donc deux. Soit je tue Amulius avant de convaincre Numitor de revenir sur le trône, soit je sauve les jumeaux et me contente de les mettre à l’abri. Ce serait facile de me débarrasser des trois ici mais là aussi, que faire avec les enfants ? Amulius les poursuivra de sa haine et de sa vengeance si je ne le tue pas. On en revient toujours à la même conclusion, si je veux sauver Rhéa Silvia et les enfants, il faut que je me débarrasse de l’usurpateur que j’ai contribué à mettre sur le trône… Mais je dois d’abord m’occuper des enfants.

- Ici, c’est très bien, lâcha l’un des trois hommes.

Ils étaient au sommet d’une petite colline qui s’étirait paresseusement vers le Tibre en contrebas.

- C’est bien quand je dis que ça l’est, répondit sèchement Lailoken.

- Et qui es-tu pour nous donner des ordres ?

- Celui que le roi a placé à votre tête.

J’ai plutôt l’impression que le roi nous a demandé de surveiller que tu ne fasses pas de conneries, ricana l’homme.

Lailoken porta sa monture à son niveau. Il avait les bras chargés par les jumeaux qui commençait à gigoter dans leur panier d’osier.

- Tu es un petit malin hein ?

- Ouais !

- Et bien, je vais te dire, je n’ai jamais supporté les gars dans ton genre. Ici, c’est moi qui commande et quand je commande, on ne discute pas.

L’homme se retourna vers ses compagnons.

- Il se prend pour qui le vieux ?

Fatale erreur. Sans lâcher les enfants, Lailoken passa la jambe par-dessus l’encolure de son cheval et, profitant de l’élan, porta un coup de pied dans la poitrine du guerrier qui tomba lourdement sur le sol.

- Fils de pute, je vais…

Lailoken, descendit de cheval et posa les deux couffins sur le sol. L’homme était déjà debout et avait une lourde hache en main. Lailoken eut à peine le temps de sortir la lourde épée celtique qui pendait à son côté que l’homme tentait de lui briser le crâne. Malgré la sauvagerie de l’attaque, Lailoken l’esquiva sans effort apparent. L’homme jura et attaqua à nouveau et à nouveau le guerrier aux cheveux de neige évita avec une célérité déconcertante avant de faire une riposte foudroyante. La lame celtique pénétra dans le corps de l’homme mettant fin instantanément aux battements de son cœur. L’homme s’écroula et Lailoken dégagea son épée… avant de s’acharner avec sauvagerie sur la dépouille du malheureux !

Les deux autres hommes se regardèrent, nerveux, devant ce qui semblait réellement une crise de folie aigue. Ensuite, couvert de sang, Lailoken se retourna vers les deux hommes.

- On va se débarrasser des gosses où j’ai décidé ? Ou quelqu’un a encore une préférence à faire valoir ?

Les deux hommes firent non de la tête à l’unisson. Il prit les paniers et une dague et descendit vers le fleuve.

Ne pas leur laisser le temps de se ressaisir.

Arrivé au bord du Tibre, il mit les enfants devant lui, s’agenouilla en prenant bien soin de se placer entre les hommes et les couffins. Ceux-ci dormaient à poings fermés.

Normal, avant le départ, je leur ai offert discrètement une petite gorgée de vin !

Il sortit sa dague et se mit à chanter d’une voix claire et profonde.

- Dieu du fleuve, déesse de l’eau ! Accepte ce sacrifice de l’innocence !  Donne moi en échange la prospérité et les bénédictions !

Et il abattit sa dague, par deux fois. Il était couvert du sang du guerrier d’Amulius, il lui fut aisé de donner l’illusion que les enfants étaient blessés par ses coups. D’autant que grâce au vin, ils dormaient sans bouger. Ensuite, dans un mouvement fluide, il mit les paniers à l’eau en faisant, une autre prière à part lui.

Seigneur du fleuve et de la Terre, prend soin de ces petits.

Il se retourna sans plus regarder en arrière et sauta sur sa monture.

- Allons ! Retournons voir le roi !

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