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Publié par Sébastien Morgan

Le retour au palais fut encore plus sombre que ne l’avait été cette matinée sordide. Amulius avait d’urgence réunit le conseil des citoyens, une assemblée constituée des principaux représentants civils, marchands, artisans, paysans…

Il leur avait expliqué la situation.

- C’est avec une peine immense que je dois vous dire ce qu’il s’est passé ce matin.

- Des ennuis seigneur ?

- Ma nièce a accouché de deux jumeaux.

Tous feignirent de l’apprendre et prirent des mines outrées de circonstance. En réalité, tous le savaient déjà par les accoucheuses.

- C’est grave seigneur ! Quelle horreur ! C’est ignoble ! Elle a enfreint les règles les plus sacrées ! Qu’allez-vous faire ?

Amulius prit un air affecté.

- C’est ma nièce, la fille de mon frère, elle est de mon sang !

Et tous lui manifestèrent leur compassion.

- Mais je dois prendre une décision difficile, si je laisse ce sacrilège impuni, cela veut dire que je favoriserais ma famille par rapport aux autres citoyens, cela voudrait dire que la loi n’est pas égale pour tous !

Un silence accueillit cette déclaration alors qu’Amulius leur laissait prendre la pleine mesure de ses paroles.

- Vous allez… ?

- Oui, je vais prendre une décision qui me déchire le cœur. Alors que les jumeaux sont exécutés par mon fidèle capitaine Lailoken, Rhéa Silvia sera exécutée séance tenante.

Un murmure approbateur salua cette décision.

- Quand ?

J’ai pris mes dispositions, cela se déroule maintenant.

- Maintenant ?

- Oui, je vous prie de me suivre.

Médusés par la probité de leur roi, ils sortirent de la pièce.

 

Quand Lailoken entra dans la cour du palais, son cœur se glaça et un frisson révulsé lui mis un goût de cendre dans la bouche.

Au centre de la place du palais, la jeune Rhéa Silvia était assise sur un tabouret, dos à un poteau. Ses traits violacés contrastaient étrangement avec la blancheur de sa robe et de ses mains. Ses yeux exorbités et sa langue pendante lui donnait l’air grotesque que la mort s’entend si bien à donner à ceux qu’elle saisissait.

- Etranglée, comme le veut la coutume, lâcha le roi.

Lailoken mit pied à terre.

- Et toi ? T’es-tu chargé du fruit impie de ses entrailles ? Les bâtards sont-ils morts ?

Les deux gardes qui accompagnaient le mercenaire, acquiescèrent silencieusement. La population, encore assemblée pour assister à l’exécution recula alors que le mercenaire avançait. Il est vrai qu’il y avait quelque chose de terriblement effrayant chez Lailoken. Avec ses yeux glacés, sa chevelure de neige en constant mouvement et les traces écarlates qui le maculaient des pieds à la tête, il ressemblait à un démon sorti de l’Hadès.

- Que vas-tu faire Lailoken ? Me tuer ?

Une douzaine de gardes entourèrent leur roi, arme et bouclier prêts.

Sans dire mot. Lailoken sortit son couteau et trancha le lacet de cuir qui maintenait le cou de la jeune fille au poteau. Sa tête retomba mollement sur sa poitrine. Lailoken lui détacha les mains et prit délicatement son corps.

- Le corps de cette vestale impie appartient à Albe la Longue, Lailoken.

Sans prendre garde au roi, le mercenaire sauta sur sa monture et plaça devant lui le corps de la jeune fille, toujours avec une délicatesse infinie.

Les gardes du roi pointèrent leur lance et mirent le bouclier en avant dans la position de combat classique des hoplites et qui s’était répandue dans toute la Méditérannée. Sans lâcher Rhéa Silvia, Lailoken plaça sa main sur la poignée de son épée.

- Essayer de m’arrêter, dit-il sans hausser la voix, ses yeux d’acier balayant les soldats. 

Ceux-ci hésitèrent, ils avaient entendu des dizaines de légende sur la fureur et la force au    combat de l’homme aux cheveux vivants. Nul n’avait envie de vérifier ces histoires.

Ils regardaient le roi Amulius qui réfléchissait en son for intérieur.

Tout le monde regarde. Si je demande aux gardes de le tuer, la populace va penser que je défends la tradition et la loi.

Son regard parcouru l’assemblée. Il tenta de lire sur le visage de ses sujets.

Ils sont tendus. Ils n’ont pas cet air vide et réjouit de la foule qui attend d’exulter devant un massacre. Non, ils attendent avec inquiétude. Ils ont de la sympathie pour lui ! C’est normal, il vient de se débarrasser des enfants d’une jeune femme pour qui il nourrissait un amour presque filial et connu de tous. Et encore couvert du sang de ses enfants, il emmène la dépouille de la fille pour lui donner une sépulture descente. Il enfreint la loi et la tradition mais comment ne pas éprouver de la sympathie pour cet homme qui est finalement l’incarnation de la vertu de loyauté ?

Il frappa dans ses mains.

- C’est bon ! Laissez le partir.

- Seigneur ?

- Laissez le partir.

Amulius vit que la populace avait l’air soulagé et il se félicita de sa décision. Lailoken, fit avancer sa monture et quitta la capitale sans plus se retourner.

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