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Publié par Sébastien Morgan

Les paniers d’osier avaient parcouru plusieurs kilomètres, portés par l’eau du Tibre. A un moment, ils avaient été arrêté par les racines d’un arbre centenaire qui s’enfonçaient paresseusement dans l’eau fraîche. Ils étaient restés là toute la journée. Les enfants avaient peu à peu émergé de leur sommeil induit par le vin. Ils avaient faim et s’étaient mis à pleurer, s’encourageant l’un l’autre par leurs cris stridents.

Le soleil avait poursuivi sa course jusqu’à plonger vers l’horizon et éclairer de face la pente boisée au bas de laquelle se trouvaient les couffins. Bientôt, le soleil jeta désespérément ses derniers rayons et l’or fit place à l’argent de la lune qui se levait. C’était une lune pleine et généreuse qui déversait sans compter sa lumière d’argent sur le monde, comme pour saluer la présence attendrissante des enfants affamés.

 

Pourtant, un son plus sinistre couvrit bientôt les pleurs des enfants. Le grognement sourd et haletant d’un ours affamé. Vieux Tueur avait entendu les cris et espérait améliorer son quotidien.

Depuis des années, il s’était méfié des hommes et de leurs armes tranchantes, mais ici, il savait qu’il ne courrait aucun risque. Il accéléra le pas, déplaçant ses trois cents kilos de muscle et de graisse. Il bavait d’anticipation à l’idée de sentir la chair fraiche céder sous ses dents. Il vit les panier, sentit l’odeur tendre, accéléra encore en découvrant les crocs.

Était-ce l’excitation ? Où le vent qui soufflait contre lui ? Vieux Tueur ne sentit pas la mort arriver. Alors qu’il s’apprêtait à plonger sa truffe humide dans le premier panier, une créature tomba soudain sur son dos, des griffes lui labourèrent les flancs, des crocs se refermèrent sur sa nuque épaisse.

Il hurla et, en vieux guerrier, eut le seul réflexe capable de le sauver, il se roula par terre, écrasant son adversaire sous son poids. Ensuite, il se releva et fit face. Dans sa conscience primitive quelque chose se glaça, ce qu’il avait face à lui ne correspondait à aucun schéma de son esprit animal.

C’était un être qui se tenait debout comme un homme, quoique légèrement plus voûté. Il était plus grand que la plupart des hommes que Vieux Tueur avait aperçu mais incroyablement plus sauvage. Couvert de poils hirsute, munis de griffes au moins aussi longue et tranchantes que les siennes, il balançait sa tête de gauche à droite, comme un prédateur regarde sa proie avant de l’attaquer. Un prédateur ? Vieux Tueur ne pouvait accepter qu’on le regarde comme une proie ! Surtout pas cette créature aberrante qui ne ressemblait à rien qu’il connaisse… Un rayon de lune tomba sur la scène. Vieux Tueur fit un pas en arrière alors que la créature s’apprêtait à attaquer.

Maintenant qu’il la voyait mieux, l’étrange chose ressemblait à un loup ! Un loup gigantesque qui se tenait presque debout comme un homme ! Quelle impudence ! Le loup, son plus vieil et irréductible adversaire. La mémoire corporelle et frustre de l’animal était pleine de danses mortelles avec les loups des environs qu’il avait patiemment exterminés… La colère revint et ils se jetèrent l’un sur l’autre.

Le combat fut aussi bref que violent, reflet terrestre du combat qui opposant les titans à l’aube des temps. Les griffes et les crocs déchirèrent la chair et les muscles. L’ours était plus lourd et pas forcément plus fort malgré son poids, le combat était inégal. En quelques secondes, il gisait, égorgé.

La créature se pencha un instant sur sa victime puis se retourna vers les enfants et s’approcha. Ses traits commencèrent à changer alors que sa taille et sa corpulence diminuait. Bientôt, Larentia prenait dans ses bras, avec un amour tout maternel, les héritiers d’Alba la Longue. Et tout en s’éloignant, elle murmurait à l’oreille des enfants de sa voix rocailleuse.

- Hé mes petits, il vous faut un nom… Hé Romulus…. Hé Rémus… mes petits loups…

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