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Publié par Sébastien Morgan

- Votre roi va partir en exil. Vous pourrez le suivre si vous le désirez.

Ensuite, sans plus se retourner, il se dirigea vers la villa principale.

Celle-ci était constituée d’un portique entourant une petite cour précédant une pièce d’importance où le roi tenait conseil et rendait justice.

Deux gardes se tenaient de part et d’autre d’une porte imposante à double battant. Ils n’eurent pas le courage ou l’envie de barrer la route à Lailoken qui entra sans autre cérémonie.

Numitor se trouvait assis sur un trône de chêne épais placé à l’autre extrémité de la salle. Il leva vers Lailoken un regard fatigué.

- Tu as l’air en pleine forme Lailoken.

- Et vous avez l’air fatigué, mon roi.

Le roi acquiesça.

- Cela se voit tant que ça hein ?

- Oui.

Le roi se leva. Ses gestes étaient lents et maladroits.

On dirait un vieillard d’un demi-siècle ! Dire qu’il fut l’un des plus grands guerriers de la péninsule.

- Que veux-tu, j’ai du mal à dormir ces temps-ci… Je suis… si fatigué.

Lailoken hocha de la tête.

- Où est-elle Numitor ?

- Je me couche le soir et toutes ses histoires avec mon frère et ma fille me trottent dans la tête. 

- Je comprends… où est-elle Numitor ? Je dois m’assurer que tu pars mais aussi que ta fille Rhéa Silvia, vienne avec moi.

- Non, tu ne comprends pas. Tu as pris l’argent de mon frère… Moi je t’offrais l’honneur et la justice Lailoken, mais tu as choisi l’or.

- Je… Je ne savais pas que ça allait se passer aussi mal.

- Non, on ne le sait jamais, répondit le roi désabusé.

- Je pensais que tout pourrait être réglé… Que tout pourrait être pour le mieux pour vous, pour Rhéa Silvia… pour nous tous.

- Et tu t’es trompé.

- Oui mais que voulez-vous ? Il faut bien avancer maintenant.

- J’imagine…

Le regard du roi se perdit dans le vide et Lailoken haussa les yeux d’impatience.

- Sire ?

- Oui ! Elle va arriver.

Le roi avait à peine terminé sa phrase qu’une jeune fille entra dans la pièce. Elle ne devait pas avoir plus de treize printemps. Sa chevelure avait la couleur du blé mur et ses yeux étaient pareils à deux lacs, grands ouverts sur le monde.

- Oncle Lailoken ?

- Rhéa Silvia ! Tu vas bien ?

- Oui, que faites-vous là avec ces hommes en arme ?

- Je suis venu te chercher, Rhéa Silvia.

- Me chercher ? Mais… Père que se passe-t-il ?

Le roi détourna les yeux, trop honteux de ne pas avoir eu la force d’empêcher ces événements.

- Il ne faut pas m’en vouloir Rhéa Silvia, tu sais après ton frère…

La voix du vieux roi se brisa dans un sanglot. Rhéa Silvia s’approcha de lui et l’enserra de ses bras fins.

- Je sais…

Lailoken soupira. Plus de compassion que d’agacement.

- Il faut vraiment y aller maintenant.

Rhéa Silvia aida son père à se relever. Elle foudroya Lailoken du regard.

- Si mon frère n’avait pas trouvé la mort lors de cette chasse, rien de tout cela ne serait arrivé.

- Sans doute, répondit le guerrier sans ciller, espérant que la jeune fille se calme.

Mais la jeune fille n’entendait pas abandonner.

- Il a été porté en terre, il y a moins de deux jours Lailoken.

- Je sais Rhéa Silvia, j’y étais.

- Oui tu étais là quand il est mort tu n’as rien fait pour retrouver la bête qui l’a tué.

- Nous avons eu d’autres préoccupations… Ton oncle Amulius a dû organiser sa prise de pouvoir.

Elle eut un petit rire.

- Au moins, tu dis les choses franchement.

Il sourit à son tour.

- J’essaye…

Puis la regarda dans les yeux, toute trace de sourire disparu.

- Je te fais une promesse Rhéa Silvia. Dès que je t’ai amené à ton oncle, je repars dans la forêt et je verrai si je peux trouver la bête responsable de cette tragédie. Si oui, je te promets de t’apporter sa tête.

La jeune fille acquiesça.

- Que va-t-il faire de moi Lailoken ?

Tout en parlant, ils étaient arrivés dans la cour du palais. Les gens de Numitor s’étaient rassemblés en prenant ce qu’ils pouvaient emporter. La plupart d’entre eux accompagneraient leur souverain en exil, loin d’Alba la Longue.   Le vieux roi se tourna vers sa fille et ils s’étreignirent longtemps. Un silence tomba sur le lieu alors que chacun avait le cœur serré à cette vision. Tous savaient que le roi et sa fille ne se reverraient plus. Quelqu’un chuchota à son voisin.

- On dit qu’Amulius va faire d’elle une vestale.

- Pauvre petite, c’est prestigieux mais elle ne pourra jamais connaitre d’homme et les joies de la maternité lui seront interdites à jamais.

C’est Lailoken qui mit fin au moment.

- Numitor, il faut partir maintenant.

Le roi lança au guerrier un regard indéchiffrable, ni désespoir, ni haine, mais plutôt abyssale et triste résignation. Lailoken en fut troublé, malgré son allégeance nouvelle, il avait de l’affection pour le vieux souverain et pour sa fille.

- Lailoken ?

- Oui.

- Tu prendras soin de ma fille ?

- J’en fais le serment Numitor, aucun mal ne lui sera fait.

Le roi lâcha les mains de son enfant, déposa un dernier baiser sur son front et monta sur son cheval. Rhéa Silvia pleura abondamment mais en silence et avec une grande dignité lorsque son père s’éloigna avec ses gens, la laissant seule, irrémédiablement seule (à suivre...)

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