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Publié par Sébastien Morgan

- J’ai des questions à vous poser.

- Des questions ?

Elle haussa les épaules en se resservant du vin.

- Tant pis pour toi, tu ne sais pas ce que tu rates.

- Je n’ose à peine l’imaginer… Mais je dois savoir.

Elle haussa une nouvelle fois les épaules.

- D’accord, pose-moi ta question.

- Je suis venu chasser la semaine dernière dans les bois, sur l’autre versant de la montagne.

- La chasse a été bonne ?

Il n’y avait aucun intérêt dans sa question.

- Oui…Non… Peu importe… J’étais avec un jeune homme, il s’est éloigné quelques instants. Quand je l’ai retrouvé, il était mort.

- Ho ?

- Je veux savoir ce qui l’a tué.

- Homme ? Animal ? Vieux tueur ?

- Cela pourrait être vieux tueur mais j’ai l’impression qu’il ne s’agit ni d’un homme, ni d’un animal.

Pour la première fois, elle sembla réellement intéressée.

- Aucun des deux ?

- Non. Le corps était… en lambeaux.

- Vieux tueur peut faire cela à un être humain. Un ours ou un loup.

Son regard vient de briller, elle sait quelque chose. Ne pas la brusquer, la faire parler sans la brusquer.

- Oui mais pas si rapidement et pas si sauvagement.

Elle le regarda interrogative.

- Je ne me suis éloigné que quelques instants.

- Il ne faut pas longtemps à Vieux Tueur pour faire son œuvre, lâcha-t-elle sur un ton presque sensuel.

- Oui, je sais qu’un ours ancien peut tuer rapidement mais pas si rapidement et pas si violemment.

- Si pas un homme, ni une bête, quoi alors ?

- J’espérais que tu puisses me le dire.

- Non, sincèrement… je…

Elle s’arrêta net.

- Quoi ? Qu’y-a-t-il ?

- Quand était-ce ?

- Il y a sept nuits précisément.

- C’était au crépuscule ? Le soleil lançait désespérément ses derniers rayons vers le ciel ?

- Oui ! Tu sais quelque chose ?

- Je rentrais les brebis à cet instant. Mon homme avait eu froid ce jour-là.

- Il avait fait froid cette journée-là.

- Je lui avais préparé un feu et un bol de vin. Je lui avais dit que je m’occupais des bêtes. J’étais en train de les rentrer quand elles sont soudain devenues folles.

- Folles ?

- Elles hurlaient… la peur les possédait.

- Elles avaient peut-être senti une bête sauvage dans les alentours ?

Elle secoua la tête avec un sourire étrange.

- Non. Nos bêtes ne craignent pas les bêtes sauvages.

- Pardon ?

- Nous… nous les éduquons de manière particulière. Elles n’ont peur d’aucune bête. Même si un loup affamé était lâché en leur sein, elles ne bougeraient pas.

- C’est impossible ! Et puis quel intérêt pour un berger ? La peur que ressentent les bêtes les protège tout de même !

- Tu es berger en plus d’être guerrier ?

Ce fut au tour de Lailoken de hausser les épaules avec un sourire qui se voulait mystérieux.

- Tu n’as pas idée, je suis beaucoup de choses. Mais soit, continue ton récit, que s’est-il passé ensuite ?

- Je suis sortie… il y avait quelque chose d’étrange dans l’air.

- Quel genre de chose ?

- Quelque chose dans l’atmosphère, comme avant une nuit d’orage quand la nature retient son souffle.

- Je vois bien de quel sentiment tu parles.

- Puis j’ai entendu crier au loin.

Lailoken fronça les sourcils.

- Crier ? Lorsque j’ai appelé Lausus sans doute.

- Non, je me souviens bien, ça c’était après.

- Mais je n’ai rien entendu ! Quand je suis arrivé, Lausus était mort, sans un cri, sans un son, son corps déchiré dans le silence le plus pesant. Je n’ai justement entendu aucun cri, ce que je ne comprends absolument pas !?! 

- Oui, je vous crois. Là où la mort a frappé, il n’y a eu aucun cri, aucun son, une mort silencieuse et terrible.

Leur regard se perdit dans le vide, ils sentaient qu’ils s’approchaient de quelque chose de profondément impie. Plongée dans son souvenir, la bergère poursuivit, presque mécaniquement.

- Alors que je tentais de percer la futaie pour voir ce qui effrayait les bêtes, un vent froid se leva.

- Un vent ?

- Plutôt un courant d’air glacé… glacé et vivant. Il m’entoura un instant et c’est là que je l’ai entendu, le cri. Un cri à donner la chair de poule, comme une plainte venue de l’Hadès. Il m’a enveloppé puis il est parti vers le mont où il a, sans nul doute, accompli son funeste destin.

Lailoken réfléchit à tout allure.

Ce qui a tué Lausus n’était pas une bête, ce n’était pas non plus des tueurs à la solde d’Amulius comme je craignais que cela arrive… Ce qui l’a tué, c’était un tueur invisible, un tueur qui ne venait pas de ce monde… à moins que…

Il se leva d’un bon.

- Je dois y aller !

- Mais… ?

- Merci pour le vin et les réponses !

Et il se mit à courir vers sa monture.

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