Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Sébastien Morgan

Cette semaine, j'ai lu "Le Mythe de la Virilité" d'Olivia Gazalé. Ce livre très érudit, écrit dans un style fluide et très agréable à lire, examine comment depuis la haute antiquité grecque, s'est installé peu à peu le mythe de la virilité. Car à partir de cette époque, au travers des mythes (l'histoire tragique de Méduse ou de Kraken, la prise de pouvoir de Zeus, etc..) se met en place un univers symbolique qui va rejeter dans les ténèbres la puissance féminine associé au "sauvage", à la transe, à la puissance brute (Tiamat à Sumer, Titans en Grèce, etc...). Alors que la société néolithique plus égalitaire et probablement centrée sur des figures divines féminines n'est plus qu'un lointain souvenir, une société fondée sur des valeurs "viriles" se met en place notamment pour constituer et glorifier les armées d'état. Les conséquences seront, comme on le sait, l'émergence d'une mentalité patriarcale qui va s'étendre sur presque l'ensemble du monde pendant plusieurs millénaires. Ce patriarcat véhiculé notamment par les mythologies religieuses et les différentes théologies qui imposent leur vue du Moyen Age à l'époque moderne, réduit systématiquement le "féminin" à des clichés de maternité, de faiblesse, de sensibilité, d'empathie et d'hystérie, tandis que le "masculin" se doit d'être fort et impitoyable. Mais l'autrice ne s'arrête pas à ce constat. Elle montre de manière magistrale que si la femme fut (et reste) la victime de cette pensée normative et fabriquée, l'homme le fut aussi. En effet,depuis les relations forcées que le jeune hoplite grec devait subir de la part de son vieux tuteur (relations non pas d'amour homosexuel ou d'affection mais abus destinés à s'assurer l'obéissance des victimes) jusqu'aux poilus se faisant déchiqueter par les mitrailleuses, le but du pouvoir en place est le même (et ce que nous vivons en Ukraine actuellement est du même ressort).

Il faut exalter des valeurs caricaturalement guerrières, pour disposer de chairs à canons persuadés accomplir un prétendu devoir sacré associé au genre, mais aussi pour installer les schémas de domination paternaliste. Le roi de droit divin ne faisant que reporter a l'échelle de la nation l'image du pater familias. Tout au long de l'histoire de l'Occident, ce virilisme toxique met au banc non seulement les femmes mais aussi les hommes jugés efféminés et par delà, tous ceux qui vivent en marge des structures familiales normative et qui s'écartent des stéréotypes associés au mâle. Au nom de ce virilisme, les modèles d'éducation vont faire usage d'une violence censée instaurer ad aeternam ce virilisme abusif. A la lecture de ce livre, on se rend compte à quel point c'est l'intérêt de tous, femmes, hommes et non binaires, de sortir des miasmes de cette virilité artificielle.        

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article