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Publié par Sébastien Morgan

Il l’avait escorté jusqu’au palais d’Amulius, nouveau roi incontesté d’Albe la Longue. Ils avaient voyagé dans un silence complet et lourd. Lailoken connaissait la jeune fille depuis sa naissance. C’étaient alors des jours heureux, le roi Procas règne alors avec justice sur un territoire prospère. Ses deux fils Numitor et Amulius s’entendaient en apparence, rien ne pouvait laisser présager de la tragédie future.

Sentant la mort approcher, Procas souhaitait conserver l’entente entre ses fils et donna le royaume à Numitor et ses richesses à Amulius, pensant faire là un partage équitable qui évitait une guerre de succession.

Mais si l’intention fut louable, la décision du roi Procas ne fut pas des plus judicieuse. En effet, quel roi peut régner sans argent ? Et quel homme d’argent ne désire-t-il pas le pouvoir ?

Rapidement, le vindicatif Amulius se mit à convoiter le trône du débonnaire Numitor. Utilisant son argent pour aider les nécessiteux, se payant les services des meilleurs mercenaires de la région, dont Lailoken, investissant dans les infrastructures du royaume, il devint rapidement le véritable souverain d’Albe-la-Longue. Seul problème : le fils de Numitor qui commençait à grandir et qui, du haut de ses quinze ans, faisait parfois certaines réflexions déplaisantes en public sur la légitimité du pouvoir. Fort heureusement pour Amulius, une partie de chasse mis fin aux remarques ainsi qu’à la vie du jeune homme.

Et deux jours après l’avoir porté en terre, Amulius prit le pouvoir officiellement, Alba la Longue avait un nouveau roi !

 

Lailoken et Rhéa Silvia arrivèrent devant la villa d’Amulius. Les gardes s’écartèrent sans rien demander. Le mercenaire aux cheveux blancs était connu depuis de longues années et pouvait se permettre d’aller et venir à sa guise. Et à chaque fois qu’il franchissait l’enceinte, il avait cette impression d’entrer dans un autre monde. Rhéa Silvia elle-même oublia quelques instants ses déboires.

- C’est… C’est impressionnant !

- Oui, Amulius n’est pas l’homme le plus riche pour rien.

Ayant hérité la fortune de son père, Amulius l’avait sagement investie et décuplée dans des opérations de commerce avisées. Sa villa était l’expression parfaite de cette richesse. Portique en marbre, fontaines sculptées avec un rare talent, jardin aux fleurs multicolores, mosaïques éblouissantes, on racontait qu’Amulius avait fait venir des artistes et artisans de toute la méditerranée dans une débauche de moyens telle que nul souverain connu n’avait eu l’occasion d’afficher. 

Mais après l’émerveillement, Rhéa Silvia se renfrogna.

- Il se prend pour un dieu.

Lailoken sourit.

- Oui, j’imagine qu’on peut dire ça.

- Ce n’est pas bien.

- Non, sans doute.

Ils approchèrent de la bâtisse principale. Amulius se trouvait sous le portique. Des petites colombes blanches à ses pieds. Tout en sifflotant, il leur jetait des petites miettes de pain. Amulius avait les cheveux d’un blond cendré. Ils encadraient son visage joufflu et poupin. Un léger embonpoint indiquait également l’homme qui mange à sa faim et était un signe d’aisance matériel de plus.

Lailoken s’inclina.

- Je te salue Amulius.

Amulius hocha de la tête.

- Bien joué Lailoken !

- Votre frère est parti. Vous êtes roi à présent.

- Je sais.

Rhéa Silvia avança d’un pas, rebelle.

- Mon oncle, vous êtes ignoble ! Je pensais que vous nous aimiez.

Un sourire carnassier jura étrangement avec la figure presque enfantine du nouveau roi.

- Mais je vous aime Rhéa Silvia. Réellement. Et c’est parce que je vous aime que j’ai voulu éviter que cela finisse dans la violence. Tout s’est déroulé sans verser le sang, n’es-tu pas satisfaite ?

Il posa ses doigts sur la joue de sa nièce, comme un chat pose une patte sur une souris.

- Heu…oui…mais qu’allez-vous faire de moi ?

- Tu as dû l’entendre dire, je te propose de devenir une vestale, c’est un honneur insigne tu sais ?

Rhéa Silvia se renfrogna.

- Je serai prisonnière.

- Prisonnière ? s’exclama Amulius, tu entends cela Lailoken ?

Le guerrier hocha de la tête sans laisser paraître d’émotion.

- Mais mon enfant, la vie de Vestale n’est pas une vie de prison ! On est au service de la déesse de la lumière et du foyer.

- Je ne me marierai jamais, je n’aurai jamais d’enfant !

- Non. C’est vrai, répondit Amulius avec un sourire narquois.

Et je t’avoue que c’est un peu le but, pensa-t-il en lui-même.

Mettre sa nièce chez les vestales qui faisaient vœux de chasteté était le meilleur moyen de garantir qu’elle ne mette jamais d’héritier légitime au monde.

Deux femmes totalement habillées de blanc arrivèrent

- Allons ma nièce, tu verras, c’est une belle vie que je t’offre.   

Elle détourna un regard empli de tristesse mais elle n’eut pas le temps de se morfondre.

- Ha, voici Lucia, dit Amulius en montrant la plus âgée des deux femmes, elle est la supérieure de l’ordre des vestales. Elle vient te chercher. Vous pouvez disposer de mes salles d’eau et j’ai fait spécialement confectionner pour toi, une robe immaculée pour ta nouvelle fonction.

- Quoi ? Déjà ? Mais…

Elle lança un regard désespéré à Lailoken qui détourna les yeux, ne sachant pas trop comment y répondre.

- Non, ne me remercie pas. Je sais, j’ai bien pris soin de toi.

Les femmes prirent la jeune fille par la main et avec de grands sourires l’emmenèrent dans la villa. Le sourire d’Amulius se figea en les regardant partir avant de se changer en rictus cruel.

- J’espère que cette petite gourde restera à sa place.

Lailoken leva un sourcil devant cette réaction.

- Vous ne semblez pas l’apprécier.

- Ne me fait pas la leçon Lailoken.

Amulius alla à sa ceinture et en retira sa bourse qu’il jeta aux pieds du guerrier.

- Tu es resté avec la famille de mon frère pendant plus de quinze hivers et pourtant quand tu as senti que j’allais prendre le pouvoir, tu n’as pas hésité à te retourner contre eux pour un sac d’or. Prend ton dû et profite de quelques jours de repos bien mérités. Je ferai sans doute appel à toi pour organiser ma garde, peut-être même pour en être le capitaine.

Lailoken acquiesça, prit la bourse et quitta la villa sans un regard en arrière.

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