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Publié par Sébastien Morgan

Il vida l’outre d’un trait, d’une longue gorgée vermeille. Puis déçu qu’elle soit vide, il la jeta sur le sol de sa cabane. Il avait construit la petite habitation de ses mains. Elle était simple et petite. D’habitude, il logeait dans le palais de Numitor mais il venait parfois ici pour s’y réfugier, réfléchir, ressasser le passé ou envisager l’avenir. Parfois il se détestait.

Comme aujourd’hui.

Est-ce cela mon lot ? Trahir ceux qui mettent leur confiance en moi ?

Il se leva et sortit se soulager à l’extérieur. L’air était sec et frais mais le ciel était clair, rempli d’étoiles. Il leva le regard, vers les innombrables constellations. Elles étaient ses amies, il s’y plongeait souvent lorsque les interrogations se faisaient trop fortes.

Vous, vous ne me trahissez jamais, vous répondez toujours à mes questions.

Il aspira un morceau de la nuit, avant de la rendre à la toile nocturne, chassant les vapeurs de l’alcool.

Comment racheter ma conscience ?

Et quelque part au fond de sa conscience, les constellations répondirent.

En honorant ta promesse, qui a tué opportunément le prince ?

Lailoken arqua ses sourcils d’un blanc de neige.

Effectivement, qui ?

Il entra dans sa cabane, jeta quelques provisions dans un sac, enfila une cape et se saisit de son arc et d’un javelot. Il sella son cheval et se dirigea vers la grande forêt.

 

Elle avait pleuré toute la journée. Pourtant, Lucia et l’autre vestale s’étaient montrées réellement amicales et n’avaient eu de cesse de la consoler.

- Tu verras, c’est une belle vie !

- Oui, nous ne sommes que deux, trois maintenant, mais tous les habitants de la région nous respectent.

- Tu ne seras pas moins aimée et respectée que lorsque tu étais princesse, au contraire, maintenant tu sers la déesse du foyer.

- Et tu sais que pour les habitants d’Alba la Longue, la déesse du foyer, c’est important !

- En servant la déesse, c’est un peu comme si tu devenais une part d’elle. C’est particulier mais tu verras, la déesse te soutiendras et les gens te regarderont autrement.

Ces paroles avaient un peu consolé Rhéa Silvia.

- Mais la vie chaste ? Ne pas fonder de famille ? C’est terrible !

Les deux femmes avaient haussé les épaules.

- Mieux vaut ne pas avoir de mari plutôt qu’un mauvais !

- J’ai entendu des histoires terribles sur les hommes, on dit qu’ils sont capables du pire.

- Ha bon ? Ne sont-ils pas fait pour nous aimer ?

- Leur amour n’apporte que la souffrance, dans le corps et dans le cœur répondit Lucia sur un ton qui n’admettait pas la réplique.

Elle ne dit plus rien, acceptant bon gré mal gré les arguments de celles qui étaient maintenant ses sœurs.

Ainsi, après une journée de prières et de libations, on lui passa la tunique blanche qui n’allait plus la quitter. Son oncle, en tant que roi était le chef de la religion, il dirigeait la cérémonie, assisté par Lucia.

- Rhéa Silvia, nous te conférons désormais l’honneur et le privilège de porter l’habit immaculé des vestales. Acceptes-tu ?

- Oui, dit-elle d’une voix tremblante.

-Rhéa Silvia, avec cet habit vient d’immenses responsabilités, tu devras veiller, pour toujours, à ce que le foyer éternel de la déesse brûle. Si tu manques à ce devoir, tu seras punie par la mort. Acceptes-tu ?

- Oui, dit-elle une nouvelle fois d’une voix blanche.

- Rhéa Silvia, avec le privilège viennent les responsabilités et avec les responsabilités vient l’engagement. En devant vestale, tu t’engages à rester dans l’ordre jusqu’à tes quarante ans révolus et à ne connaître d’homme sous aucun prétexte. Si tu manques à ce devoir, tu seras punie par la mort. Acceptes-tu ?

Elle hésita, la réponse ne vint pas.

Amulius la répéta.  

- Rhéa Silvia ?

- Mon oncle ?

- Tu dois répondre Rhéa Silvia.

- Et si je ne le fais pas ?

Un murmure outré parcouru l’assemblée. C’était des proches du pouvoir, des guerriers ou des marchands qui avaient toujours soutenus Amulius dans sa quête du pouvoir. Les intrigues de chacun d’entre eux avait participés à la chute du débonnaire Numitor. Ils n’avaient aucune sympathie pour la pauvre Rhéa Silvia qui se sentait bien seul.

Amulius eut un petit rire nerveux que démentait son regard qui étincelait de rage.

- Tu dois répondre Rhéa Silvia… et je ne vois qu’une réponse possible.

Elle ne dit rien pendant un instant, sentant la pression qui était autour d’elle… puis céda à celle-ci, trop forte pour ses frêles épaules d’adolescentes.

- C’est bon, j’accepte.

- Très bien ma chère, sage décision.

Elle baissa les yeux, résolue à son funeste destin.

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