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Publié par Sébastien Morgan

Lailoken était revenu à la lisière de la forêt où s’était déroulée la catastrophe, une semaine plus tôt. Amulius avait demandé à Lailoken d’éloigner son neveu, aussi le guerrier aux cheveux de neige lui avait proposé d’aller chasser et ils étaient partis pour plusieurs jours, remontant à une vingtaine de kilomètres vers le nord-ouest. Là sur une colline boisée le long du Tibre, un ours avait l’habitude de sévir. On l’appelait le Vieux Tueur et depuis dix ans, il alimentait les histoires que l’on se racontait au coin du feu. Véritable géant des temps passés, Vieux Tueur laissait des cadavres d’animaux sur toute la colline. Petits animaux mais aussi des loups de passage voire les hommes qui avaient la folie de venir le défier sur son territoire. Ce jour-là Lausus, le fils de Numitor, dans la pleine fougue de ses 20 ans, riait à gorge déployée en s’enfonçant sous la lisière des arbres.

Lailoken se pencha, en cherchant la piste presque froide, il entendait la voix du jeune homme dans son esprit.

- J’ai vu quelque chose bouger ! C’est du gros !

Lailoken s’en souvenait, il était quelques dizaines de mètres en arrière, il avait répondu au jeune homme.

- Attends-moi Lausus ! N’y va pas seul !

- Si je dois t’attendre vieillard, je ne risque pas d’attraper notre proie !

Et il s’était rué dans la forêt à flanc de colline.

- Attends !

Malgré le fait qu’il ne soit qu’à une dizaine de mètres devant lui, Lausus avait rapidement échappé au regard du guerrier aux cheveux blancs.

Pourtant ma condition physique était infiniment meilleure que la sienne. Mais à cet instant, il a complètement disparu de ma vue, comme une brise du matin.

Je l’ai appelé, il n’a pas répondu… et là je l’ai ressenti… ce malaise, ce frisson glacé.

Tout en se remémorant les événements de la semaine précédente, il avançait vers la funeste clairière. Sous ses pas, les os des animaux tués par l’ours dément craquaient. Un silence mortel régnait dans la forêt, un silence pesant, comme si toute vie l’avait quitté. Une semaine auparavant, il n’avait pas tout de suite pris cette direction, il était parti dans le sens opposé et sans cesser d’appeler le jeune homme, il s’était en fait éloigné de lui. 

Ce sont ses cris qui m’ont rappelé vers lui, ses horribles cris.

Les arbres s’éclaircirent et il déboucha dans la clairière. Dans la lumière de l’aube, les traces atroces de la semaine précédente étaient encore visibles. De larges flaques de sang séché maculaient l’herbe grasse. Et sur le grand chêne au centre de la clairière, on pouvait encore voir, accrochés aux branches les plus basses, des morceaux de ce qui avait été le prince Lausus.

Quand je suis arrivé, tout était fini. Le prince avait été dépecé et démembré vivant. Son corps pendait dans les branches basses du chêne comme projeté par une force monstrueuse. Seul un ours des cavernes aurait pu avoir assez de puissance pour mettre quelqu’un dans cet état… Mais je n’ai pas vu de traces d’ours.

Dévasté par la mort du prince qu’il connaissait depuis sa naissance, atterré d’avoir failli à la tâche de protection qui était la sienne, il avait chargé le corps sur une civière de fortune et avait porté le malheur au palais de Numitor.

Quelle chose a bien pu te faire ça Lausus ? 

Il chercha à nouveau des traces, hommes ou bêtes, mais n’en trouva pas. Puis soudain, il se redressa et huma l’air.

Parmi l’odeur rance de mort mêlée au parfum des crocus en fleur, une fraîche odeur de pain cuit.

Il ferma les yeux pour en détecter la source. 

L’odeur est ténue, très ténue mais elle existe. Un feu de bois et du pain qui cuit.

Sans attendre, il marcha dans la direction des fragrances.

Au bout d’une dizaine de minutes, il discerna leur origine.

Là-bas, une cabane.

Il s’approcha calmement, tous les sens en alerte, le javelot léger dans sa main, prêt à s’envoler au moindre signe d’hostilité.

Il y a un enclos contre la maison, c’est une bergerie.

Il tendit l’oreille, aucun bêlement.

Le berger et les bêtes sont partis. Pourtant, je ressens…comme une présence. On m’observe.

Il regarda autour de lui mais ne vit rien. Puis haussant les épaules, il déposa son javelot à terre.

- Voilà, je dépose mon arme !

Il regarda encore autour de lui, personne.

- Qui que vous soyez, j’ai déposé mon javelot et je m’éloigne de quelques pas. Vous pouvez sortir, je ne vous veux aucun mal.

Une branche craqua derrière lui.

Très proche, derrière moi !

Il se retourna et sursauta, ses cheveux s’agitant soudain comme ceux de la Méduse doués d’une vie propre. Il disposait de sens très développés et n’avait jamais été surpris de sa vie…jusqu’à aujourd’hui.     

Par réflexe, il avait posé sa main sur la poignée de son épée et avait déjà tiré à moitié la lame. Quand il vit la personne qui lui faisait face, il interrompit son geste et tendit la main vers elle.

- Attendez, n’ayez pas peur.

Mais il se rendit compte aussitôt de sa méprise : la femme qui lui faisait face n’avait pas peur de lui.    

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